La direction scientifique du Festival

Martine TABEAUD

Spécialiste de climatologie, Martine Tabeaud a obtenu un doctorat de IIIème cycle de climatologie à l’Université de Dijon en 1981 :  Climatologie descriptive et imagerie satellitaire, contribution à la recherche d’une méthode d’analyse avec application aux basses latitudes, puis un Doctorat d’Etat de climatologie à l’Université de Paris IV en 1989 :  l’Atlantique tropical austral : l’eau atmosphérique et le climat en milieu océanique  (directeur : Pierre Pagney )

En poste à l’UFR de Géographie de l’Université Paris Panthéon Sorbonne depuis 1978, elle devient professeur en 1989. Elle a été durant cinq ans Directrice Adjointe du LA 141 CNRS  « Géographie physique Pierre Birot ,  puis durant quatre ans Directrice de l’UMR CNRS (Paris 4, Paris 8) UMR 8185 Espaces, nature, cultures ENEC. Elle a occupé les fonctions de chargée de mission « recherche environnement » au département sociétés-santé de l’IRD (ex ORSTOM) et de directrice des Publications de la Sorbonne pendant trois ans.

Elle a dirigé une vingtaine de thèses, ainsi que plusieurs programmes de recherche nationaux et internationaux. Elle a publié dix sept ouvrages, dont plusieurs manuels de climatologie, et plus de deux cents articles.

Alexis METZGER

Après des études en Master de géographie environnementale et un séjour de recherche à l'université d'Amsterdam, Alexis Metzger a soutenu une thèse de doctorat en géoclimatologie à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne en 2014. Cette thèse a permis de croiser les approches entre géographie, climatologie historique et histoire de l'art.

Intéressé par les représentations de la nature dans des images et la géohistoire des risques naturels, Alexis Metzger a été postdoctorant aux universités de Limoges et de Strasbourg. Entre 2017 et 2019, il a formé les étudiants du Centre de formation sur l'environnement et la société (CERES) de l'École Normale Supérieure à Paris aux enjeux environnementaux. Il est désormais chercheur sénior en géographie à l'université de Lausanne en Suisse. Dans ce cadre, il s'intéresse particulièrement aux formes d'adaptations au risque inondation et à sa gestion sociale et politique.

Alexis Metzger a publié cinq livres, dont sa thèse (L'hiver au Siècle d'or hollandais. Art et climat. Sorbonne Universités Presse, 2018). Il dirige actuellement deux ouvrages sur les cultures météorologiques (ISTE éditions) et rédige un livre sur les idées reçues face aux catastrophes climatiques (le Cavalier bleu).


 

Un FIG pour déconfiner le(s) climat(s)

Entre mars et mai 2020, le podium des villes les plus ensoleillées, selon les mesures disponibles, hisse une large moitié nord de la France avec aux premières places Le Touquet et Colmar : ensoleillement record lors de ce printemps de confinement ! Durant ces semaines et un peu au-delà, la pandémie de covid 19 a mis au-devant de la scène la recherche médicale et la politique de gestion des risques sanitaires, en apparence, très éloignées du thème Climat(s) du FIG 2020. Même si comparaison n'est pas raison, raisonnons par analogie. Et montrons que bien des similitudes peuvent être intéressantes pour mieux problématiser les questions des géographes sur les climats, les risques météo-climatiques, les changements climatiques en cours. Ces questions seront au centre du festival.

- Les données et la métrologie

Comme pour la météo, la crise sanitaire a conduit à la fourniture de relevés quotidiens (de malades, de décès etc.). Chaque jour des informations quantitatives précises en apparence ont permis de suivre la pandémie. Mais ces données n'étaient pas toujours interrogées sur leur fiabilité, sur leur source, sur leur marge d'erreur. Il a fallu par exemple plus d'un mois pour que la mortalité hors hôpital soit comptabilisée en France, et encore pas totalement. Les méthodes de comptabilité diffèrent selon les pays. Pourtant les données ont été traitées, mises en série pour détecter une évolution (pic, plateau, décrue) sans d'ailleurs toujours fournir une référence qui permette de les situer. Des conclusions hâtives ont été tirées de comparaisons entre pays parce que les effectifs n'étaient que rarement rapportés à la population nationale. Quant à la moyenne, elle lisse d’importantes disparités spatiales. En ce qui concerne la climatologie, les données météorologiques sont normées, mais la répartition des stations répond aux besoins de la prévision du temps du lendemain. Elle est donc mal adaptée à des échelles fines (celle d'une parcelle cultivée, d'une rue en ville). Et que signifie une moyenne thermique planétaire obtenue avec une hétérogénéité spatiale atteignant plus de 100°C)? Parler climat à une échelle planétaire ou aux échelles locales est très différent, et ce sera un des objectifs du FIG de le mettre en évidence.

- Les traitements de données

Avec la pandémie, les méthodes de la recherche en train de se faire ont été portées à la vue de tous. Elles ont montré les limites des scenarios sur le virus lui-même (A quand la fin de la pandémie ? à tout jamais ? y-aura-t-il une deuxième vague ?) et encore plus sur les stratégies à adopter (quel effet a le confinement à court terme et à moyen terme sur la propagation de la maladie ? sur l'économie ? Faut-il confiner strictement ? que faut-il tolérer ? quand lever les interdictions ?). Les résultats s'exprimaient en termes de probabilité et ont évolué avec le temps. Les controverses, saines en science, qui fonctionne sur la base de réfutation ou confirmation d'hypothèses, ont été mises au grand jour. Elles marquent l'avancée des connaissances. Le FIG pourra justement montrer comment les données des climats sont mesurées, traitées et analysées, hier comme aujourd’hui et comment sont élaborés des scénarios probabilistes des climats et des risques météo-climatiques.

- La transmission des résultats de la recherche

L'intérêt majeur porté à la pandémie et son évolution a largement été entretenu par les médias (radios, presse, TV, internet). Il a conduit à une quête d'informations complémentaires de tout un chacun, ce qui est bien légitime. Mais la recherche sur Internet s'effectue "sans boussole". La surabondance d'articles, qui ne sont pas tous de valeur égale permet de se faire très vite un point de vue sur un problème très complexe. En conséquence, les points de vue mesurés et longuement argumentés sont noyés dans la masse. Cet engouement n'est pas sans rappeler l'intérêt porté au changement climatique et au climat lui-même. Il a fait de ce concept un passe partout mal défini. Il mêle l'objet lui-même, ses causes, ses conséquences, et les actions pour réduire ses effets négatifs. Le FIG montrera comment les sociétés humaines appréhendent le temps qu’il fait très différemment selon leurs cultures et se prémunissent des risques climatiques selon leurs moyens.

- Les actions adaptées

Les dangers du Covid ont vite conduit à des actions précipitées y compris dans le monde de la recherche. Certains médecins se présentant comme des praticiens agissaient dans l'urgence alors que d'autres se retranchaient derrière le long temps de la validation de la recherche. Des médecins un peu opportunistes, ont publié des résultats puis ont dû se rétracter, retirer leurs articles... Une inflation de programmes de recherche a vite entretenu une floraison de résultats incomplets surfant sur les espoirs d'un traitement efficace. La situation s'est encore complexifiée quand des chercheurs se sont faits experts pour des politiques. Un bon exemple fut le discours "médical" contradictoire sur le port des masques, inutiles quand ils ne sont pas disponibles et utiles quand il y en a suffisamment. Ces changements de discours ont largement entretenu de la défiance vis à vis de la science puisqu'ils ont été perçus comme irrationnels. Ce qu'il convient de retenir, c'est que les instances onusiennes internationales ne font pas de science mais transmettent les états de leurs expertises à des hommes politiques. C'est eux qui prennent les décisions face aux risques sanitaires comme météo-climatiques ou qui délèguent leurs pouvoirs. Une des grandes difficultés est de trouver l'échelle pertinente d'actions adéquates à une question mondiale (que ce soit une pandémie ou le réchauffement climatique). Or, le médecin ne soigne pas l'humanité mais des individus qui réagissent différemment au virus, qui ont des symptômes singuliers et plus ou moins graves. De même, le géographe s'intéresse aux groupes humains dans leurs spécificités territoriales. Un fait semble commun, la vulnérabilité croît de façon exponentielle en présence d'autres facteurs réduisant la résistance. Et les plus faibles, le sont face à tous les dangers. Le FIG aura aussi pour but de montrer comment les inégalités socio-spatiales exposent diversement les individus aux composantes de leurs climats, perçus tantôt comme des ressources, tantôt comme des contraintes.

 

Pendant 3 jours, le Fig 2020 donnera la parole aux géographes climatologues qui s'intéressent aux sociétés humaines, et leur longue histoire sur une terre dont le climat a changé, change et changera. Avec un ensemble de conférences, ateliers et table-rondes, Saint-Dié-des-Vosges sera riche de points de vue et d’échelles d’analyse pour envisager les enjeux climatiques dans toute leur diversité.

 

La direction scientifique 2020
La direction scientifique 2020 Martine Tabeaud et Alexis Metzger