AMAOUCHE Malika ok

Auteur

 

Malika Amaouche est anthropologue, militante et féministe, elle travaille sur la question des comportements à risques des personnes en marge de la société avec une approche intersectionnelle. Titulaire d’un master à l’EHESS, elle a ensuite travaillé et milité sur les questions de prostitution dans le champ associatif. Elle est coautrice de Le Bus des femmes. Prostituées, histoire d’une mobilisation (Anamosa, 2020) et l’autrice de nombreux articles – dans la revue Vacarme, aux éditions Autrement (Jeunes et sexualités), aux éditions Robert Laffont (entrée « Écologie » dans le Dictionnaire des sexualités sous la direction de J. Mossuz-Lavau), aux éditions Antipodes (« La prostitution des traditionnelles » dans Cachez ce travail que je ne saurais voir, de M. Lieber, J. Dahinden, E. Hertz) – et de plusieurs rapports issus de recherches-actions portant sur l’errance, les comportements addictifs, la prostitution et sur l’économie de la rue.


 

Le bus des femmes bd

En pleine épidémie de sida, des prostituées interpellent les pouvoirs publics sur leur santé et les conditions d’exercice de leur métier. Leur action, contemporaine de la création d’Act Up-Paris, conduira à la création du Bus des femmes en 1990. Un document historique rarissime qui témoigne de l’histoire des mobilisations citoyennes, un exemple unique de class action chez les prostituées.

En pleine épidémie de sida, les prostituées sont parmi les victimes les plus exposées et les plus vulnérables, les mino- rités les moins protégées. Le contexte est celui de l’arrivée de nouvelles femmes, migrantes ou usagères d’héroïne qui sont obligées de se prostituer, les traitements de substitution n’étant pas encore accessibles ; des femmes prêtes à tout pour gagner de l’argent et en mauvaise santé contre lesquelles les « traditionnelles » protestent. Prostituée de la rue Saint-Denis, Lydia Braggiotti sollicite alors Anne Coppel, une sociologue spécialiste des toxicoma- nies, pour l’aider à faire témoigner ses consœurs. Son idée est de faire écrire les « subalternes » dans un cahier de do- léances adressé aux pouvoirs publics. Huit cahiers vont ainsi circuler parmi les femmes de la rue Saint-Denis et celles des portes de Paris. Le document présenté à Claude Evin donnera lieu à la création du Bus des femmes en novembre 1990, première association de santé communautaire de prostituées, dirigée par des prostituées.

Ce document historique est rarissime en ce qu’il donne à lire la voix des prostituées. Au-delà du témoignage sur les conditions de vie des prostituées, c’est un exemple remarquable d’empowerment dans l’histoire des femmes. Les textes font surgir une réalité diverse et incarnée, à la fois violente et ordinaire : toxicomanie, santé et questions d’hygiène avec la bataille du préservatif, la peur et les rivalités, la vie sociale et la famille. Bien loin des fantasmes et des débats paralysés par des prises de position de principe, ce document extraordinaire apporte une pierre dans la réflexion sociale et sanitaire toujours actuelle sur la prostitution.

Les regards de Anne Coppel, Lydia Braggiotti (actrices de l’aventure), et de Malika Amaouche (militante et héritière contemporaine de cette histoire) décryptent la parole des femmes et font écho avec le débat contemporain : condition sociale, les studios où les femmes travaillent, les relations avec les hommes (proxénètes et revendications d’un statut social), les clans (rue Saint-Denis, périphérie, marcheuses des Champs-Élysées).

Après une présentation d’Anne Coppel, 17 lettres sont reproduites et commentées, suivies du témoignage de Malika Amaouche et d’un entretien avec Lydia Braggiotti.